Beaucoup trop de distractions
Une évaluation des lois s'impose / Les New-yorkais font fi de la loi sur le téléphone cellulair / Mains sur le volant, yeux sur la route
Lors d'une étude novatrice sur les distractions au volant réalisée en 2003, des chercheurs installèrent un caméscope à bord du véhicule de 70 conducteurs afin d'analyser leur comportement au volant. Après le visionnement des bandes-vidéo, les chercheurs découvrirent que tous les conducteurs avaient été distraits à un moment donné trois heures après avoir pris le volant, soit dans 90 pour cent des cas par quelque chose qui se trouvait à l'extérieur du véhicule et dans 100 pour cent des cas par quelque chose à l'intérieur du véhicule.
Tous les sujets avaient manipulé des commandes du véhicule et presque tous avaient essayé de ramasser un objet dans leur véhicule. La plupart d'entre eux avaient ajusté leur chaîne stéréo ou s'étaient fait déconcentrer par des objets ou situations en dehors du véhicule. Environ le tiers des sujets avaient utilisé un téléphone cellulaire au volant, et 40 pour cent avaient lu ou écrit. Les conducteurs s'étaient adonnés à une activité susceptible de les déconcentrer pendant pas plus de 16 pour cent du temps qu'ils passaient au volant. Les enfants et les bébés à bord d'un véhicule étaient respectivement environ quatre et huit fois plus susceptibles de déconcentrer un conducteur par rapport à un passager adulte.
Selon l'enquête Nerves of Steel commandée en 2003 par TheSteelAlliance et le Conseil canadien de la sécurité, 80 pour cent des conducteurs interrogés avaient admis avoir effectué plusieurs tâches au volant. Lors de cette enquête téléphonique, on demanda à 886 conducteurs à travers le Canada d'énumérer les tâches qu'ils avaient effectuées au volant au cours des douze derniers mois.
Près de deux tiers des répondants avaient admis avoir bu quelque chose au volant, tel qu'un café ou une boisson gazeuse.
- Plus de la moitié avaient mangé au volant.
- Plus du tiers des répondants avaient parlé au téléphone cellulaire.
- Plus du quart des automobilistes interrogés s'étaient disputés avec leurs passagers.
Lorsqu'on leur demanda les tâches que les autres automobilistes effectuaient, quatre répondants sur cinq ont répondu qu'ils les avaient vus parler au téléphone cellulaire.
Une évaluation des lois s'impose
D'éminents chercheurs canadiens et américains en sécurité routière ont découvert, lors d'études de grande envergure, que le téléphone cellulaire n'est qu'une distraction dangereuse parmi tant d'autres. Pourtant, un conducteur qui tient son appareil à la main dérange plus les autres usagers de la route qu'un conducteur qui mange un beigne ou un hambourgeois. Cette source d'irritation a amené les gens à réclamer l'adoption de lois interdisant l'usage du téléphone cellulaire au volant.
Si l'usage du téléphone cellulaire chez les conducteurs est interdit dans la plupart des pays d'Europe, la Communauté européenne ne dispose d'aucune donnée sur la mise en application de la loi ni sur les tendances des accidents de la route liés à l'usage du téléphone cellulaire.
Au Canada, Terre-Neuve a interdit l'usage du cellulaire au volant le 1er avril 2003. Une étude de l'incidence que cette interdiction aurait sur la sécurité routière dans cette province serait bénéfique pour les autres provinces et territoires. Une telle étude devrait englober des données « avant et après » sur les accidents liés à l'usage du cellulaire chez les conducteurs, de même qu'un groupe témoin. À l'heure actuelle, il n'y a rien qui prouve qu'une interdiction de l'usage du téléphone cellulaire au volant permettrait de réduire davantage le nombre d'accidents qu'une approche alliant la mise en application des codes de la route à la sensibilisation de la population. À preuve, aucune juridiction n'a jusqu'à présent affiché un meilleur bilan routier grâce à une telle loi.
Les codes de la route s'attaquent déjà à la conduite imprudente. Les conducteurs reconnus coupables de conduite imprudente sans y mettre le soin et l'attention nécessaires, sont passibles de peines et peuvent perdre des points d'inaptitude. Ces règlements s'appliquent peu importe la cause de la distraction.
Les New-yorkais font fi de la loi sur le téléphone cellulair
En novembre 2001, l'État de New York est devenu le premier état américain à interdire l'usage du téléphone cellulaire au volant. Quelques mois après l'entrée en vigueur de cette loi, on a assisté à un repli de 50 pour cent du nombre de conducteurs qui utilisaient leur téléphone cellulaire au volant. Un an plus tard, le taux d'usage du cellulaire est revenu au même niveau qu'il était avant l'adoption de la loi.
Avant que la police commence à émettre des avertissements aux contrevenants en novembre 2001, les chercheurs avaient observé un taux d'usage du téléphone cellulaire au volant de 2,3 pour cent. Quelques mois après l'interdiction, ce taux est passé à 1,1 pour cent. Un an plus tard, soit en mars 2003, il a remonté à 2,1 pour cent.
Les chercheurs ont également suivi, pour fins de contrôle, l'usage du téléphone cellulaire chez les conducteurs dans l'État du Connecticut, où l'usage du cellulaire n'est pas interdit. Du mois de novembre 2001 au mois de mars 2003, ils notèrent une faible hausse du taux, soit de 2,9 pour cent à 3,3 pour cent. Ce tableau comparatif laisse entendre que l'usage du cellulaire chez les conducteurs new-yorkais est peut-être encore 20 pour cent inférieur au niveau qu'il aurait atteint sans l'interdiction. Qu'à cela ne tienne, il semble évident les conducteurs sont nombreux à faire fi de la loi.
Mains sur le volant, yeux sur la route
Les problèmes de sécurité liés à la distraction au volant risquent de s'aggraver avec l'arrivée de nouveaux dispositifs électroniques dans les véhicules, dont Internet sans fil, les systèmes de navigation complexes et les systèmes de divertissement dont sont dotés les nouveaux véhicules. Transports Canada cherche actuellement des moyens pour contrer la prolifération de technologies susceptibles de détourner l'attention du conducteur.
La réglementation et la mise en application de la loi occupent une place importante dans la sécurité, tout comme les conducteurs prudents.
Voici quelques petits trucs qui vous aideront à mieux vous concentrer sur la route :
- ne quittez jamais les yeux de la route et gardez toujours les mains sur le volant.
- assurez-vous que les enfants sont correctement attachés
- ne mangez et buvez que lorsque votre véhicule est immobilisé.
- revoyez votre itinéraire avant de partir.
- évitez de vous engager dans des grandes conversations avec les passagers.
Prévention au Canada (janvier 2004)
Distractions in Everyday Driving (June 2003), University of North Carolina Highway Safety Research Center. The AAA Foundation for Traffic Safety funded the research. PDF
Hand-held cell phone use goes back up in New York, despite year-long ban (Status Report, Vol. 38, No. 8, Aug. 26, 2003 PDF format), Insurance Institute for Highway Safety.
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