Un gadget qui vous guette au volant
Les enregistreurs de données sur les accidents / Fiable et impartial / Les questions de propriété et de protection de la vie privée
Les transporteurs aériens, ferroviaires et maritimes disposent tous d’enregistreurs de bord. On n’a qu’à penser à la petite boîte noire ou à l’enregistreur de données de vol d’un aéronef qui fournit des données essentielles sur les dernières secondes avant une catastrophe. Il s’agit de données qui facilitent le travail des enquêteurs qui tentent d’établir les causes de la catastrophe et de trouver des moyens pour éviter que la catastrophe se reproduise.
Un dispositif semblable, installé dans les véhicules à moteurs, permettrait de répondre aux questions suivantes lors d’un accident de la route. À quelle vitesse le véhicule roulait-il ? Est-ce que le conducteur avait le pied sur l’accélérateur ou sur la pédale de frein ? Quel choc les passagers ont-ils subi ? Est-ce que les passagers portaient leur ceinture de sécurité ?
Ces données sur les événements menant à un accident sont une véritable mine d’or pour les enquêteurs chargés d’analyser les causes et de proposer des mesures de prévention. Elles permettraient également aux constructeurs de véhicules automobiles de concevoir des véhicules plus sécuritaires.
Les enregistreurs de données sur les accidents
Bon nombre de véhicules automobiles sont déjà munis d’un dispositif qui enregistre les derniers moments précédant un accident. Plusieurs constructeurs ont par ailleurs adopté cette technologie. Par exemple, General Motors dote tous ses modèles de ce dispositif depuis 1999 et Ford depuis 2000. Moins complexe que la boîte noire des aéronefs, l’enregistreur de données sur les accidents fait partie du système de déploiement des sacs gonflables. Chez GM, ces dispositifs enregistrent la vitesse du véhicule, le régime du moteur, le serrage des freins, la position du papillon et détectent si les ceintures de sécurité ont été bouclées.
Il s’agit par ailleurs d’un outil d’analyse d’accidents pour améliorer la sécurité et l’efficacité. Dans les années 1970, les constructeurs de véhicules automobiles s’en servaient pour colliger des données dans le but d’améliorer la conception des véhicules et d’en évaluer les systèmes. Les données précises sur les accidents aident les ingénieurs à améliorer les véhicules et les routes, sont d’un grand apport lors de l’élaboration de règlements et de la mise en application de la loi et donnent un aperçu du comportement du conducteur lors d’un accident.
Les enregistreurs de données sur les accidents installés dans les parcs de véhicules au su des conducteurs ont permis de réduire le nombre d’accidents de la route. Selon une étude menée par l’Union européenne en 1992, les enregistreurs de données ont fait fléchir de 28 pour cent le taux d’accidents et de 40 pour cent le coût des parcs appartenant aux services de police (les policiers savaient qu’on les surveillait au volant de leur véhicule). En revanche, la plupart des conducteurs en Amérique du Nord ne savent pas qu’un dispositif électronique les surveille, et ce, même si on l’explique dans le guide de l’automobiliste.
Fiable et impartial
Même s’il reste quelques problèmes à régler, la police et les experts en reconstitution de collisions de véhicules utilisent déjà les enregistreurs de données sur les accidents avec la permission du propriétaire ou au moyen d’une ordonnance d’un tribunal.
En 2001, un automobiliste montréalais qui faisait de la vitesse dans une zone de 50 km/h, entra en collision avec une autre voiture et tua un jeune homme. Comme il n’y avait aucune trace dérapage sur la chaussée, il fut impossible d’établir la vitesse du véhicule avant l’impact et le suspect fut le seul à pouvoir témoigner de ses faits et gestes. L’enregistreur de données révéla que le véhicule du suspect roulait à 157 km/h, que ce dernier avait enfoncé l’accélérateur quatre secondes avant l’impact et qu’il avait relâché l’accélérateur juste avant l’impact sans toutefois freiner. Malgré les preuves fournies par l’enregistreur de données, le suspect fut acquitté de l’accusation pour négligence criminelle ayant causé la mort et reconnu coupable de conduite dangereuse ayant causé la mort, une accusation moindre.
Dans un autre cas, les données fournies par l’enregistreur de données ont permis d’innocenter un suspect. Lors d’une collision en chaîne survenue sur une autoroute en Ontario dans laquelle un enfant avait perdu la vie, on jeta le blâme sur le suspect qui aurait roulé à tombeau ouvert. Le suspect avait autorisé la police à télécharger les données de son enregistreur de données qui ont indiqué qu’il avait roulé lentement lors de l’accident et qu’il avait respecté le code de la route.
Si un conducteur attribue un accident de la route à un défaut de fonctionnement, l’enregistreur de données sur les accidents constitue un moniteur électronique fiable qui permet de confirmer ou d’infirmer le comportement et les gestes du conducteur, de même que le comportement de son véhicule.
On enregistre chaque année plusieurs accidents de la route inexplicables il s’agit d’accidents impliquant un seul véhicule sans témoin. Au nombre des causes évoquées, il y a la chaussée glissante et s’endormir au volant. Il se peut aussi que l’accident soit intentionnel. Les enquêteurs ne peuvent donc que spéculer sur les facteurs en cause. Néanmoins, grâce à un enregistreur de données sur les accidents, ils seront peut-être en mesure d’élucider quelques mystères.
En raison de la conception unique qu’utilise chaque manufacturier, il y a actuellement un manque d’uniformisation. Comme il est difficile de récupérer les données d’un enregistreur de données sur le lieu de l’accident, les travailleurs paramédicaux ne peuvent pas les utiliser lors de prise de décisions salutaires.
Le Conseil canadien de la sécurité espère que les intervenants en cas d’urgence pourront un jour avoir accès à ces données. Ils pourront alors déterminer le meilleur traitement qui soit en fonction de la gravité de l’impact et éventuellement sauver encore plus de vies et réduire les séquelles des blessures graves.
Les questions de propriété et de protection de la vie privée
Il faudra également régler les problèmes de propriété des données que renferme un enregistreur de données, d’accès à ces données et de fins auxquelles elles sont utilisées. Viennent s’ajouter à cela, les préoccupations concernant la protection de la vie privée et l’admissibilité en cour. Le milieu juridique canadien est d’avis que les données que renferme un enregistreur de données sur les accidents appartiennent au propriétaire du véhicule et qu’on ne peut y accéder sans son consentement, à moins qu’on dispose d’une ordonnance d’un tribunal.
Les législateurs devront se pencher sur ces questions dans un proche avenir. Les données fiables et impartiales fournies par un enregistreur de données sont essentielles à l’avancement de la science de la sécurité routière.
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