Les cigarettes et la sécurité-incendie
Le tabagisme est non seulement néfaste pour la santé, mais il pose également un risque d'incendie. Les incendies imputables à la cigarette sont à l'origine d'un décès sur cinq, alors que le tabagisme négligent demeure la principale cause des décès attribuables aux incendies résidentiels au Canada. En 2000, les articles pour fumeurs ont causé 3 929 incendies et des pertes matérielles se chiffrant à 56,7 millions de dollars.
Bonne nouvelle toutefois ! On compte maintenant moins de Canadiens et Canadiennes qui perdent la vie dans des incendies reliés au tabagisme. Selon de récentes statistiques, le nombre de décès dus aux incendies causés par des articles pour fumeurs s'est replié de 30 p. 100 au cours des quatre dernières années, passant de 100 en 1996 à 67 en 2000.
Les incendies reliés au tabagisme
Le Conseil canadien de la sécurité attribue cette baisse au nombre plus important de foyers qui ont des détecteurs de fumée, aux meubles ignifuges, aux codes de prévention des incendies et à la sensibilisation de la population à la sécurité-incendie. La plupart des incendies reliés au tabagisme surviennent à la maison.
La quasi-totalité des foyers au Canada comptent au moins un détecteur de fumée. Selon un sondage du Conseil canadien de la sécurité, ce taux s'établissait à 95 p. 100 en 1998. Le détecteur de fumée détecte la présence de fumée lors de la première phase d'un incendie et déclenche l'alarme, afin d'accorder suffisamment de temps aux occupants pour quitter les lieux. Le tabagisme négligent peut causer des incendies pouvant couver pendant des heures avant de s'enflammer. On croit que le nombre grandissant de détecteurs de fumée photoélectriques, qui détectent les feux couvants, y est pour quelque chose dans la réduction du nombre de décès attribuables aux incendies reliés au tabagisme.
Depuis 1985, les lits et les meubles vendus au Canada doivent se conformer aux exigences relatives à la résistance au feu. Pour tester la propagation des flammes dans un matelas, on brûle une cigarette. Ces exigences portent de plus en plus de fruits au fur et à mesure que les gens remplacent leurs vieux meubles par des sofas, fauteuils et matelas qui ne s'enflamment pas facilement.
Des cigarettes peu combustibles
Une cigarette peu combustible serait l'antidote contre les comportements irresponsables - s'endormir avec une cigarette allumée, jeter une cigarette sans faire attention ou laisser une cigarette griller sans surveillance. Une telle cigarette serait conçue de manière à réduire les risques de déclencher un incendie lorsqu'on l'échappe ou la laisse sans surveillance. On pourrait la concevoir de manière à ce qu'elle s'éteigne toute seule en l'espace de quelques minutes si on ne la fume pas, ou à ce qu'elle ne produise pas suffisamment de chaleur pour mettre le feu à une surface inflammable si elle tombe et se transforme en cendres.
Les critiques soutiennent pour leur part que les fabricants savent fabriquer des cigarettes peu combustibles depuis au moins vingt ans. Au nombre des caractéristiques qui rendent les cigarettes moins inflammables, il y a une plus faible porosité du papier, une plus petite circonférence, un filtre plus court, la réduction ou l'élimination d'accélérateurs et une plus faible densité du tabac.
Quoique la technologie pour fabriquer des cigarettes peu combustibles existe depuis plus d'une décennie, l'industrie ne semble pas vouloir l'adopter. Les fabricants déclarent à ce sujet que les fumeurs n'achèteraient pas un produit qui s'éteint très rapidement après une seule bouffée. Ces fabricants auraient intérêt à se soucier des poursuites concernant la responsabilité du produit. À titre d'exemple, en 2000, un couple torontois, dont la fillette de 3 ans avait péri dans un incendie attribuable à un cigarette couvante, intenta une poursuite contre les trois plus grands fabricants de cigarettes au Canada. Le couple soutenait que les compagnies savaient fabriquer des cigarettes peu combustibles, mais qu'elles n'avaient pas adopté la technologie.
Il existe déjà sur le marché des cigarettes auto-extinguibles fabriquées en série. Il s'agit des cigarettes de marque Merit fabriquées par Philip Morris qui utilisent un papier à cigarette qui s'éteint en l'espace de quelques minutes si le fumeur ne prend pas de bouffée.
Les gouvernements tardent à agir
L'adoption d'une norme de produits pour les cigarettes peu combustibles ne date pas d'hier. Nos voisins du Sud, dont l'histoire a été marquée par le tabac, s'intéressent depuis toujours à la propension à l'inflammation des cigarettes.
Le Congrès américain souleva ce dossier pour la première fois en 1929. Les recherches furent menées à cette époque-là par la US National Bureau of Standards. En 1974, au terme d'une longue pause, le Sénat procéda à l'adoption d'une loi sur les cigarettes peu combustibles qui mourut toutefois au feuilleton à la Chambre des représentants. Il n'y eut aucun progrès sur ce dossier jusqu'à ce qu'un groupe d'étude technique remit un rapport au Congrès en 1987, rapport qui vint confirmer que c'était possible, tant au plan technique qu'au plan économique, de fabriquer des cigarettes peu combustibles. En 1993, on mit au point une méthode d'essai qui permettrait de mettre en oeuvre une norme en matière de sécurité-incendie pour cigarettes.
En 1999, une loi sur les cigarettes peu combustibles fut déposée. En vertu de cette loi, il fallait élaborer des normes en matière de sécurité pour les cigarettes peu combustibles et en assurer la mise en oeuvre par le biais de la Commission sur la sécurité des produits à la consommation dans les 18 mois suivant la promulgation de la loi. Quoique cette loi ne fut pas adoptée, elle fut déposée à nouveau sous le nom de la Loi de 2002 sur la cigarette peu combustible.
Entre-temps, en 2000, l'État de New York fut le premier état à adopter une loi rendant obligatoires les cigarettes peu combustibles. Cette loi entrera en vigueur le 1er juillet 2003, à moins qu'une loi fédérale ne vienne lui succéder. L'État du Massachusetts et plusieurs autres États songent également à adopter une loi semblable.
En 1995, une enquête du coronaire de Toronto, qui faisait allusion à des études américaines, recommanda au gouvernement fédéral d'adopter une loi sur les cigarettes peu combustibles. Plusieurs années se sont toutefois succédé avant que le gouvernement fédéral ne prenne des mesures pour établir des normes en matière de sécurité-incendie pour les cigarettes, et ce, malgré les pressions exercées par le Conseil canadien de la sécurité et d'autres organismes de santé et sécurité. En novembre 2001, un sous-comité du Conseil consultatif ministériel sur la lutte contre le tabagisme décida d'accorder la priorité aux cigarettes peu combustibles.
Statistiques :
Les pertes causées par l'incendie au Canada, Conseil canadien des directeurs provinciaux et des commissaires des incendies - Rapport annuel 1996 et Rapport annuel 2000.
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