Nouveaux risques pour la sécurité des travailleurs
TMS / Matières dangereuses
À quels risques seront exposés les travailleurs du XXIe siècle?
L’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail se penche depuis quelque temps sur les défis de l’avenir en matière de sécurité au travail. Son « observatoire sur les risques » (Risk Observatory) surveille les risques nouveaux et en émergence. Dans son rapport de janvier 2006, l’Agence énonce les priorités en matière de recherche sur la santé et la sécurité au travail dans les États membres de l’Union européenne (UE). Les questions soulevées dans ce rapport sont très pertinentes pour le Canada.
Facteurs psychosociaux
Selon le rapport de l’Agence, le stress lié au travail et la violence physique et psychologique sont d’importantes sources de préoccupation. Ces pressions peuvent augmenter le risque d’erreurs susceptibles de causer un accident ou une blessure.
Les travailleurs ont de la difficulté à trouver un juste équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle. Le fait de s’occuper de parents âgés à charge, le travail temporaire ou les emplois à horaire « antisocial » peuvent causer un stress professionnel. Certains employés sont également confrontés au harcèlement, à l’intimidation, au houspillage et même à la violence physique.
L’Agence recommande d’effectuer des études plus poussées sur le monde changeant du travail et son incidence sur la santé et la sécurité, ainsi que sur la mise en place d’interventions organisationnelles visant à améliorer l’environnement psychosocial des milieux de travail. La Commission européenne, quant à elle, a lancé un appel de propositions de travaux de recherche explorant le stress professionnel, y compris la violence physique et psychologique comme le harcèlement, l’intimidation et le houspillage.
Selon un rapport publié antérieurement (2002), les maladies « émergentes » comme le stress, la dépression, l’anxiété, la violence au travail, le harcèlement et l’intimidation sont responsables de 18 % de tous les problèmes liés à la santé au travail, et un quart d’entre eux entraînent des absences de deux semaines ou plus. Ces plaintes ont été associées à l’organisation du travail, aux horaires, aux relations hiérarchiques, à la fatigue liée au transport, et à la diversité ethnique et culturelle en milieu de travail.
Au Canada, tout comme en Europe, la nature et l’organisation du travail sont en train de changer, de même que la main-d’œuvre. Ici au Canada, les demandes d’indemnité liées à la santé mentale sont la catégorie qui connaît la plus forte croissance pour ce qui est des coûts dus à l’invalidité, et trois-quarts des employeurs disent que les questions de santé mentale sont la principale source des demandes d’indemnité pour invalidité dans leur entreprise ou organisme. La page sur l’intimidation en milieu de travail est l’une des plus visitées du site Web du Conseil canadien de la sécurité et ce dernier répond régulièrement à des demandes de la part de victimes qui ne savent pas vers qui se tourner.
TMS
En 2005, l’observatoire sur les risques de l’Agence européenne a émis des prévisions sur les nouveaux risques physiques associés à la santé et à la sécurité au travail. Le manque d’activité physique des emplois hautement automatisés figure au haut de la liste et est lié à une incidence accrue de troubles musculosquelettiques (TMS).
Les TMS professionnels causent des douleurs chroniques dans les muscles, les tendons et les nerfs. À titre d’exemple, citons le syndrome du tunnel carpien, la tendinite et la fatigue de la nuque. Les activités répétitives, effectuées à un rythme rapide, concentrées sur une partie du corps ou qui exigent des postures incommodes peuvent provoquer ces troubles. Les effets de ces derniers sont en outre exacerbés quand les risques physiques sont combinés à des facteurs de stress psychosociaux, un équipement inadéquat et une ergonomie qui laisse à désirer.
Dans les années 90, de plus en plus de travailleurs européens se plaignaient d’avoir une charge de travail excessive, des maux de dos et des douleurs musculaires au cou et aux épaules liés à leur occupation, et d’être obligés de s’asseoir dans des positions douloureuses ou fatigantes.
L’UE a cerné plusieurs priorités pour la recherche dans cette catégorie, notamment : l’élaboration d’outils d’évaluation, des interventions et des mesures préventives, ainsi que la réadaptation et l’application des principes ergonomiques dans la conception des lieux de travail.
Les blessures, les troubles et les maladies musculosquelettiques représentent environ la moitié de toutes les demandes d’indemnité pour temps perdu traitées par la Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail au Canada.
Matières dangereuses
Selon un sondage publié en 2000, 22 % des travailleurs européens respirent des vapeurs, de la poussière ou des substances dangereuses au travail, et 16 % sont exposés à des matières ou des produits dangereux.
En Europe, les priorités de recherche comprennent, entre autres choses, des enquêtes plus poussées sur la façon dont les produits chimiques affectent la santé humaine et l’environnement, et ce qu’on peut faire pour mitiger les risques. Par exemple, les maladies de la peau sont un motif fréquent d’absentéisme au travail dans de nombreux pays européens. C’est dire qu’on a besoin d’établir des limites quant à l’exposition de la peau et d’élaborer des méthodes pour évaluer l’exposition à des mélanges de substances. Les carcinogènes, les produits chimiques qui affectent la reproduction, et les agents biologiques tels que les virus, les bactéries et les parasites sont également sources de préoccupation.
Les emplois comportant une exposition à de faibles doses de certaines substances, et à d’autres risques comme le bruit, les vibrations ou les facteurs psychosociaux sont particulièrement inquiétants. Les Européens et les Américains accordent tous les deux une priorité élevée à l’examen des interactions complexes d’une variété de risques. En 2005, le National Institute for Occupational Safety and Health aux États-Unis a publié une étude intitulée Mixed Exposures Research Agenda. D’après ce document, les facteurs de stress comme les médicaments, la nourriture, les produits de nettoyage, les émissions des tuyaux d’échappement, les solvants, les rayons ultraviolets, le bruit, la vibration globale du corps et le stress social ou psychologique peuvent se combiner pour causer des problèmes de santé complexes. Dans les environnements de bureau, la qualité de l’air intérieur constitue également une priorité en matière de recherche.
La nanotechnologie est un domaine nouveau et en pleine expansion. Des millions de travailleurs à travers le monde (deux millions aux É.-U. seulement) sont exposés à des nanoparticules. Ces particules minuscules peuvent se déplacer dans le corps de manière inusitée et causer des problèmes respiratoires, cardiaques et immunitaires. Pourtant, les méthodes d’évaluation et de mesure de l’exposition en sont toujours à un stade expérimental, et il y a un besoin impérieux d’entreprendre des travaux de recherche sur les effets biologiques des nanoparticules.
L’expérience du Canada avec l’amiante devrait servir de leçon quant au besoin de gérer les risques avant qu’ils ne puissent causer des dommages à long terme. De 1994 à 2003, près de deux tiers des demandes d’indemnité liées à des maladies professionnelles mortelles acceptées par la Commission des accidents du travail de la Colombie-Britannique avaient trait à l’amiante; dans la plupart des cas, l’exposition avait eu lieu plus de vingt ans auparavant, quand on connaissait mal les dangers de l’amiante.
Aujourd’hui, les travailleurs de la construction qui démolissent des bâtiments isolés avec de l’amiante doivent prendre des précautions. Par ailleurs, les pompiers canadiens respirent de la fumée ayant un niveau de toxicité alarmant. Les incendies libèrent des produits chimiques dangereux provenant de la combustion d’équipements électroniques, de matériaux industriels et même de produits ménagers. Les taux élevés de cancer chez les pompiers commencent à peine à recevoir l’attention qui leur est due.
En septembre 2006, Environnement Canada et Santé Canada prévoient distribuer une liste comportant environ 4 000 produits chimiques nécessitant, selon eux, des évaluations de la sécurité. Plusieurs de ces produits ont été développés dans les années 1950 et 1960 avant que les lois environnementales soient adoptées. Certains d’entre eux sont des composés industriels. D’autres sont utilisés dans la fabrication de produits de consommation de tous les jours, comme les séchoirs à cheveux, les bouteilles d’eau, les emballages de restauration rapide, les ordinateurs et les boîtes de conserve. Au cours des 20 dernières années, la recherche a établi un lien entre l’exposition à ces produits chimiques à long terme et un vaste éventail de problèmes de santé.
Ces nouveaux risques indiquent que la sécurité est une cible mouvante.
Le travailleur du XXIe siècle fait face à des dangers qui étaient inconnus il y a 25 ans. Quelles invalidités et maladies en résulteront? Impossible de le prédire. Une chose est claire pour le Conseil canadien de la sécurité une approche proactive et axée sur la prévention est nécessaire.
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