Dossier du président
En avril 2005, les membres de la Chambre des communes ont rejeté le projet de loi d'initiative parlementaire visant à exiger que des étiquettes d'avertissement soient apposées sur tous les contenants de boissons alcoolisées. Les étiquettes serviraient à mettre les consommateurs en garde contre la conduite avec facultés affaiblies et les femmes contre la consommation d’alcool au cours de la grossesse
Les étiquettes de mise en garde contre l'alcool sont caractéristiques d'une approche d'intérêt public basée sur la notion « cela ne peut pas faire de mal, cela pourrait aider et pourquoi pas ». Les promoteurs ont noté sélectivement la « preuve » (une étude sur les mises en garde contre l'usage du tabac) mais n’ont par tenu compte de la situation dans son ensemble.
En 2003, une étude de l'Organisation mondiale de la santé a révélé que les étiquettes de mise en garde avaient une incidence sur la sensibilisation et les connaissances mais qu'elles n'avaient aucun impact direct sur la consommation ou les problèmes liés à l'alcool. Chez les jeunes, les étiquettes n'augmentaient pas les perceptions au sujet des risques liés à l'alcool et servaient même à rendre les produits plus attirants tant pour les buveurs que pour les non buveurs.
Publiée en mai 2005, une enquête sur l'alphabétisation au Canada a révélé que 42 p. cent des adultes au Canada ont une faible capacité de lire et d’écrire. Il est possible que les étiquettes de mise en garde ne sont même pas lues par les groupes à risques.
Dans sa lutte pour prévenir la conduite avec facultés affaiblies, le Canada dispose d'une arme beaucoup plus efficace que les étiquettes - la Stratégie de réduction de la conduite avec facultés affaiblies (SRCFA). Grâce en grande partie à la SRCFA, les décès survenus sur la route impliquant un conducteur avec facultés affaiblies ont chuté de 1 296 en 1995 à 850 en 2002, une diminution de plus d’un tiers. Aux É.-U., les étiquettes de mise en garde contre l'alcool sont obligatoires depuis 1988 mais les décès dans ce pays n'ont pas diminué du tout depuis ce temps.
En contraste, nous n'avons pas de stratégie pour prévenir les anomalies et conditions congénitales causées par la consommation d'alcool pendant la grossesse. En octobre 1992, Santé Canada a parrainé un grand symposium national sur le syndrome d'alcoolisation foetale et les effets de l'alcoolisme foetal auquel le Conseil canadien de la sécurité a participé. La conclusion de cet événement était que les SAF et les EAF sont courants, coûteux et qu'il est possible de prévenir ces conditions. Par contre, ces conclusions n’ont pas entraîné la mise sur pied d’une stratégie nationale.
Le gouvernement était prêt à dépenser des millions de dollars pour la législation en matière d'étiquetage. Le Conseil canadien de la sécurité a pressé le ministre de la Santé de rediriger cet argent à une stratégie nationale pour les SAF et les EAF. Lorsque le projet de loi n'a pas eu de suite, le ministre a promis une telle stratégie.
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