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Le 12 mars 2005

Les étiquettes de mise en garde sur les boissons alcoolisées sont inefficaces

Le Comité permanent de la santé de la Chambre des communes tient des audiences sur le projet de loi C-206 d’initiative parlementaire qui rendrait obligatoire l’apposition d’étiquettes de mise en garde sur toutes les bouteilles pour avertir les consommateurs de ne pas conduire après avoir consommé de l’alcool ou de ne pas consommer d’alcool pendant la grossesse.

Bien que le Conseil canadien de la sécurité appuie les efforts méritoires d’éducation et de sensibilisation du public vis-à-vis des risques liés aux produits de consommation, nous avons des questions bien légitimes sur les étiquettes de mise en garde sur les boissons alcoolisées qui, nous en sommes convaincus, méritent d’être posées.

Premièrement, je tiens à dire clairement que le Conseil connaît très bien les conséquences dévastatrices du syndrome de l’alcoolisme fœtal et des effets de l’alcoolisme fœtal et qu’il y est très sensible. La tragédie du SAF et des EAF est amplifiée par le fait qu’il s’agit d’une condition qu’une femme enceinte peut éviter complètement si elle ne consomme pas d’alcool pendant la grossesse.

La vérité toute simple est qu’il n’existe pas de preuves convaincantes que les étiquettes de mise en garde auront une incidence quelconque sur la consommation irresponsable de boissons alcoolisées. Il est certain que plusieurs grandes études de recherche ont conclu que les étiquettes de mise en garde n’ont aucune incidence marquée sur les habitudes de consommation ailleurs dans le monde où elles sont utilisées.

En outre, au Canada, la sensibilisation aux dangers de l’alcool au volant et de la consommation d’alcool pendant la grossesse est presque universelle – et dépasse largement le niveau d’alphabétisation de base au pays. L’alphabétisation est un important facteur limitatif en ce qui concerne les étiquettes.

Les d’étiquettes de mise en garde prolifèrent au Canada, mais beaucoup trop de Canadiens et de Canadiennes n’ont pas les aptitudes nécessaires pour les lire ou les comprendre. Pour ces personnes, les étiquettes de mise en garde sont tout à fait inutiles.

À l’heure actuelle, notre société ne recherche que des solutions miracles. Cela est vrai tant en ce qui concerne les ambitions personnelles, les pratiques commerciales que la politique gouvernementale. Malheureusement, les solutions miracles sacrifient trop souvent les avantages durables au profit de mesures à court terme sans régler les problèmes de fond. Trop souvent, elles peuvent aussi avoir des conséquences imprévues. Lorsqu’il s’agit de la santé et de la sécurité du public, les solutions miracles – adoptées sans examen sérieux – créent habituellement de nouveaux problèmes.

Les étiquettes de mise en garde sur les boissons alcoolisées sont l’incarnation de l’approche « ça ne peut pas faire de tort, ça peut toujours aider, pourquoi pas? » d’une politique gouvernementale, ce qui est irresponsable et illogique. Les bonnes lois s’appuient sur l’objectivité, des faits incontestables et la réalité – et non sur une politique gouvernementale erronée, l’opportunisme politique, les émotions ou un battage médiatique.

Nous sommes convaincus que les étiquettes de mise en garde sur les boissons alcoolisées ne seront d’aucune utilité pour la société canadienne, et ce qui est encore plus important, qu’elles détourneront des ressources destinées à des mesures éprouvées et des interventions personnelles qui peuvent réellement faire une différence.

.Emile-J. Therien
Président, Conseil canadien de la sécurité

 

 


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(Avril 2005)

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