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Les conducteurs affichant un faible TA et la loi

Tout est dans la prévention / Les codes de la route / La criminalisation / Les recommandations

Comment devrait-on traiter, en vertu de la loi, les conducteurs affichant un taux d’alcoolémie (TA) inférieur à la limite de 0,08 prévu au Code criminel ?

Même s’il ne suffit que d’un verre pour se retrouver sous l’emprise de l’alcool, la majorité des conducteurs impliqués dans des accidents mortels mettant l’alcool en cause affiche un TA de plus de 0,15. Ces conducteurs affichant un TA élevé comptent pour environ un pour cent des automobilistes circulant sur nos routes le soir et la fin de semaine et pour près de la moitié de tous les automobilistes ayant perdu la vie durant ces périodes. On peut répartir la plupart de ces conducteurs en deux grandes catégories : les jeunes (les 19 à 24 ans) et les délinquants de la conduite en état d’ébriété.

Au Canada, la conduite avec facultés affaiblies relève des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux. Par exemple, selon le Code criminel du Canada, toute personne ayant un TA supérieur à 0,08 qui a la garde ou le contrôle d’un véhicule moteur commet une infraction. Le Conseil canadien de la sécurité recommande à ce sujet que les codes de la route provinciaux et territoriaux prévoient des dispositions relatives aux conducteurs affichant un TA inférieur à 0,08.

Tout est dans la prévention

On devrait accorder la priorité à la prévention des accidents de la route mettant l’alcool en cause, au lieu de tout simplement punir les conducteurs ayant consommé de l’alcool. Si les sanctions pour conduite avec facultés affaiblies sont très sévères à la grandeur du pays, les conducteurs sous l’emprise de l’alcool se font nombreux à faire fi des conséquences avant de prendre le volant.

Que les sanctions soient sévères ou pas, elles n’ont guère d’effet dissuasif, sauf si elles sont mises en application au vu et au su de tous. C’est donc pour cette raison que les vérifications ponctuelles par la police et une mise en application de la loi visible constituent des moyens de dissuasion fort efficaces.

Pour évaluer les progrès réalisés dans ce domaine, on devrait utiliser les taux de décès et de blessures imputables aux accidents de la route causés par les conducteurs avec facultés affaiblies. Quoique des critères, tels que le nombre de suspensions du permis de conduire, la gravité des sanctions et la mise en application de lois précises soient pertinents, ils ne constituent pas des mesures de prévention valables.

Les codes de la route

Dans la plupart des provinces et territoires, un policier peut procéder à la suspension administrative du permis de conduire de tout conducteur dont le TA est inférieur à la limite prévue au Code criminel, s’il estime que le conducteur a les facultés affaiblies par l’alcool. La durée des suspensions varie d’une région à l’autre. Certaines provinces et territoires disposent par ailleurs de programmes de réadaptation ou d’évaluation à l’intention des récidivistes de conduite en état d’ébriété affichant un faible TA.

Les suspensions administratives du permis de conduire constituent une contre-mesure pondérée au risque que posent les conducteurs affichant un faible TA. Elles protègent la population contre les conducteurs potentiellement dangereux en les empêchant de prendre la route et donnent aux conducteurs un avertissement on ne peut plus clair. Ces suspensions sont par ailleurs un outil efficace dans la lutte à l’alcool au volant de par leurs conséquences immédiates et directes. Certaines provinces vont même jusqu’à imposer des frais de rétablissement du permis de conduire et à exiger l’évaluation et le traitement des conducteurs ayant des suspensions à répétition.

Les sanctions imposées aux conducteurs affichant un faible TA variant d’une région à l’autre, il est difficile de renseigner les Canadiens sur les sanctions dans leur province ou territoire de résidence. Il est ressorti d’une enquête menée en 2003 que moins de la moitié des répondants savaient que leur province prévoyait un TA inférieur auquel la police peut suspendre le permis de conduire, alors que seulement six pour cent des répondants pouvaient préciser cette limite-là.

La criminalisation

Rien ne prouve qu’on pourrait prévenir plus de décès et de blessures en portant des accusations contre les conducteurs ayant un faible TA en vertu du Code criminel du Canada au lieu de recourir aux codes de la route provinciaux et territoriaux.

Criminaliser un comportement constitue l’ultime condamnation que peut infliger une société. Le Code criminel du Canada porte sur des infractions, telles que meurtres, viols et voies de fait, qui enfreignent les normes sociétales fondamentales. Les sanctions prévues au Code criminel sont très sévères. Par exemple, qu’il s’agisse d’un vol à main armée ou de la conduite avec un TA supérieur à 0,08, une condamnation au criminel a pour effet de limiter à vie les déplacements et les perspectives d’emploi de tout contrevenant. La procédure judiciaire permettant d’accuser puis de condamner un contrevenant est à juste titre complexe et coûteuse.

Les administrateurs en transport des provinces et territoires siégeant au Conseil canadien des administrateurs en transport motorisé (CCATM) se sont opposés à l’abaissement du TA à 0,5. Selon le CCATM, une telle baisse viendrait gêner la capacité de la police d’appréhender les conducteurs ayant un TA supérieur à 0,08 (qui courent d’ailleurs un plus grand risque d’être impliqués dans un accident de la route) en raison des ressources limitées dont elle dispose pour la mise en application des lois. Le CCATM affirme pour sa part que la criminalisation des conducteurs présentant un faible risque d’accident viendrait alourdir davantage notre appareil de justice pénale déjà surchargé, sans donner plus de dents à la loi.

Les recommandations du CCS

Le Canada fait des progrès remarquables dans la lutte à l’alcool au volant. Entre 1995 et 2000, le nombre de décès de la route causés par les conducteurs sous l’emprise de l’alcool a diminué du tiers. Même s’il nous reste beaucoup de chemin à faire pour régler le problème de l’alcool au volant, tout indique que les contre-mesures en vigueur s’avèrent efficaces.

La façon de traiter les conducteurs ayant un TA inférieur à la limite prévue au Code criminel a fait l’objet de nombreux débats. Le Conseil canadien de la sécurité a donc élaboré les recommandations suivantes afin de donner une orientation réaliste et pratique à la politique gouvernementale.

1. Imposer des sanctions aux conducteurs ayant un faible TA conformément aux codes de la route.

Un faible TA peut affaiblir les facultés au volant, quoique la fréquence des décès monte en flèche à compter d’un TA de 0,15. Le Code criminel du Canada prévoit des sanctions pour les conducteurs ayant un TA d’au moins 0,08 qui sont impliqués dans la majorité des décès de la route attribuables à l’alcool.

Il est important de s’attaquer résolument aux personnes ayant un TA inférieur à 0,08, afin de les empêcher de faire du tort et de s’assurer qu’ils ne fassent pas partie du groupe de conducteurs affichant un TA élevé. Le Conseil canadien de la sécurité recommande que les provinces et les territoires continuent de sévir contre les conducteurs ayant un TA inférieur à 0,08.

Les codes de la route constituent des outils de réglementation fort efficaces. Par exemple, grâce aux suspensions administratives du permis de conduire, la police peut appréhender les conducteurs ayant un faible TA, les priver du privilège de conduire et leur émettre une mise en garde sévère pour cesser de conduire sous l’emprise de l’alcool. Ces codes prévoient également des outils pour mandater des programmes d’intervention, qui peuvent empêcher ces conducteurs de devenir des délinquants chroniques de la conduite en état d’ébriété.

2. Adopter un TA unique pour la suspension administrative du permis de conduire.

Comme on l’a noté dans le numéro de janvier 2004 de ce bulletin, les critères relatifs à la suspension administrative du permis de conduire varient beaucoup entre les provinces et territoires. Il s’agit d’une incohérence qui peut semer la confusion et donner naissance à des injustices.

Le Conseil canadien de la sécurité recommande aux provinces et territoires d’adopter un TA unique pour la suspension administrative du permis de conduire. En ce faisant, on aurait une plus grande cohérence à la grandeur du pays et on pourrait envoyer un message clair à la population, en la sensibilisant aux sanctions prévues pour conduite avec facultés affaiblies.

3. Traiter une suspension administrative au même titre qu’une infraction au code de la route.

À l’heure actuelle, plusieurs provinces et territoires ne notent pas au dossier du conducteur les suspensions à court terme du permis de conduire ou les interdictions imposées pour contraventions à un TA inférieur. Il est donc difficile de cerner les récidivistes en vue de prendre les mesures qui s’imposent.

Inclure les suspensions à court terme au dossier du conducteur permettrait à la police et aux organismes chargés de l’octroi des permis de recenser les récidivistes de l’alcool au volant. Le Conseil canadien de la sécurité recommande que les suspensions liées au TA soient notées au dossier du conducteur, que des points d’inaptitude soient portés au dossiers et que ces informations soient accessibles aux provinces et territoires limitrophes, tout comme on le fait avec les infractions au code de la route, telles que les excès de vitesse.

4. Offrir des programmes d’intervention pour les suspensions administratives répétées.

Certaines provinces et territoires prévoient déjà des dispositions relatives à l’évaluation et au traitement des personnes dont le permis de conduire est suspendu à répétition. De telles interventions ont pour but de s’attaquer à la cause profonde du problème, soit la dépendance de type alcoolique.

Le Conseil canadien de la sécurité recommande à ce sujet l’élaboration de pratiques exemplaires pour les programmes d’évaluation et de réadaptation et que ces programmes soient dispensés aux conducteurs ayant des suspensions administratives à répétition durant une période donnée. Il est à noter que les frais de ces programmes devraient être assumés par le conducteur.

5. Améliorer la mise en application de la loi au moyen de vérifications policières ponctuelles et visibles.

Une mise en application de la loi visible et efficace est essentielle à la lutte contre l’alcool au volant. À preuve, les vérifications policières ponctuelles se sont notamment avérées efficaces dans la réduction du nombre de conducteurs en état d’ébriété.

Les conducteurs affichant un faible TA sont difficiles à déceler lors de patrouilles ou de vérifications ponctuelles qu’effectue la police, parce que la plupart ne présentent aucun signe manifeste d’ébriété.

Le Conseil canadien de la sécurité recommande donc que les services de police disposent des ressources et de la formation nécessaires pour appréhender les conducteurs affichant un faible TA lors de vérifications ponctuelles et qu’ils soient autorisés à utiliser des technologies éprouvées, telles que les détecteurs passifs d’alcool, afin de déceler les conducteurs ayant un faible TA.

6. Mieux sensibiliser la population aux contre-mesures visant les conducteurs ayant un faible TA.

La plupart des conducteurs au pays ne savent pas que la plupart des provinces et territoires ont déjà instauré des limites de TA inférieures à celle prévue au Code criminel. Des TA plus bas ont donc moins d’effets dissuasifs. (Si les gens ne connaissent pas les limites, on ne peut s’attendre à ce qu’ils les observent.) Si on veut que les suspensions administratives du permis de conduire à des TA plus bas empêchent les conducteurs de prendre le volant après avoir consommé de l’alcool, il faudrait sensibiliser les conducteurs à ces TA plus bas.

Dans le but de rehausser l’effet dissuasif de ces mesures, le Conseil canadien de la sécurité recommande que des efforts considérables soient déployés afin de mieux sensibiliser la population aux TA plus bas et aux sanctions qui y sont associées.

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Prévention au Canada
(avril 2004)

Conseil canadien des administrateurs en transport motorisé. 2003. La position du CCATM sur la baisse de la limite légale du taux d’alcoolémie. (PDF)

Paciocco, David. 2002.
Les lois sur l’alcoolémie du Canada - Une perspective internationale.

Prévention au Canada
(janvier 2004)

L'alcool au volant - progrès et problèmes

Prévention au Canada
(octobre 2002)
Un TA plus bas pourrait sauver des vies ?


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